Après un trajet en co-voiturage de 4 km vers Rahier, invitation à poser le regard sur le bâti du centre historique du village : l’ancienne maison forte (1287) devenu château avec douves et tours aujourd’hui disparues, l’église dédiée à St Paul (1632), l’arbre remarquable et classé, un chêne planté en 1630 qui trône encore en ce jour de l’an de grâce du 29 mars 2026 à l’âge de 396 ans, pour une circonférence de 6,20 m de diamètre! Et deux fermes dont la ferme dite « Bellevue », firent partie intégrante de la Mayeurie des Seigneurs de Rahier. L’histoire débute par la présence ici même d’une chapelle relatée dans des écrits datant du 11e siècle.
En 1255, Henri de Gueldre, prince abbé de Liège et de Stavelot nomma Antoine « de Rahier » comme nouveau maréchal pour renforcer ses troupes. Celui-ci fut chargé de calmer les ardeurs de quelques révolutionnaires liégeois. En guise de récompense, il reçu un fief composant ainsi les terres de Rahier et de Logne (Ferrières), ainsi que quelles autres propriétés dans la région de Harzé notamment. La famille de Rahier a établit son prestige et sa force durant 800 ans. De Seigneurs ils devinrent Barons. La maison forte évolua en château jusqu’à son déclin au 18e siècle. En 1850 les murs de l’édifice servirent de carrière aux habitants. Les ruines laissées furent classées en 1989. Fin des années 90 des Rahétois se sont réunis afin de sauvegarder le site. Ils constituèrent une asbl en 1997 afin de permettre l’acquisition (1998) puis l’organisation de fouilles (2001). En 2005, obtention d’un permis d’urbanisme afin de réhabiliter les vestiges. En novembre 2009, les « Amis de l’Ancien Château de Rahier » inaugurèrent le site devenu un lieu culturel.
Retour dans le temps avec un petit déplacement en auto de 3 minutes pour atteindre le Rouge-Thier dit « Rofthier ». Nous montons sur cette petite colline à la terre rouge, signe de présence notamment de manganèse ce qui motiva John Cockerill à s’y intéresser en 1896 afin d’en extraire le minerais qui permettait de renforcer la qualité du fer produit dans les fonderies à Liège. La vallée de la Lienne toute proche a connu une exploitation locale du manganèse durant +/-15 ans. Le transport des pierres se faisait de la mine via une petite voie ferrée qui rejoignait la grande ligne de chemin de fer reliant Rivage à Trois Ponts, inaugurée un an plus tôt.
Mais montons, montons! Evocations, questionnements sur la vie paysanne au 13 e siècle. Imaginer le contexte de la vie sociale de l’époque, comment les gens se soignaient, se soulageaient des divers maux qui les accablaient…
Depuis des milliers d’années les soins sont issus des observations et des savoirs sur l’usage des plantes, sur les pouvoirs de l’eau (sources), sur l’appui spirituel des forces divines, sur des pratiques incluant des récitations et des formules, sur des rites (arbres à clous). La chute de l’empire romain au 5 ème siècle et l’avènement d’un nouveau mode de pensées ont bouleversé ces pratiques anciennes. L’église n’a pas compris, ni n’a permis de que l’on puisse se relier à d’autres forces, en définitive, que l’on puisse se substituer à Dieu. Il est intéressant de se poser la question suivante : les guerres ne débutent jamais par les armes mais bien par les mots. Le propos ici n’est pas de critiquer les religions, mais de comprendre que la recherche de la compréhension de ce qui peut paraitre différent, permet une ouverture d’esprit, une approche de l’autre, afin de démystifier, de réduire les peurs et les jugements de valeur dérivés de la méconnaissance. Cette attitude propre à la nature humaine, ce positionnement face aux choses du monde est toujours d’actualité.
J’ai posé la question suivante aux participants : « Comment reconnaitre une personne dite « macrai » ou macrâle. » Les critères d’identification de l’époque sont hallucinants d’imagination et empreints de peurs. Tout comme peuvent l’être les idéaux racistes, sexistes ou autres stigmatisations contemporaines.
Afin de rétablir l’ordre des pensées, dès 1230 des juges ecclésiastiques de l’Ordre des Dominicains furent nommés afin d’établir des enquêtes musclées et ce jusqu’au 15ème siècle. L’Inquisition a donc sévit dans toute l’Europe. Un ouvrage décrivant en 3 sections les raisons de ces comportements hérétiques. Pourquoi, particulièrement les femmes, sont « à cause de leur faiblesse et intelligence inférieure plus disposées aux tentations du Malin ». La deuxième partie décrit comment ces êtres se transforment en animaux, en monstres ou sont capables de déclencher la destruction des récoltes. Le troisième chapitre explique comment procéder à leur capture, instruire un procès, procéder à leur détention et élimination. Le Malleus Maleficum fut publié entre 1486 et 1520 en 15 éditions. L’invention de l’imprimerie permit une diffusion de ce livre en 20.000 exemplaires à raison de 1000 à 1500 exemplaires par tirage. Il fut diffusé dans de grandes ville rhénanes ainsi qu’à Paris et Lyon.
L’auteur principal est un inquisiteur implacable du nom de Heinrich Kramer, dit Henri Institoris (1430-1505), qui fut même contesté dans les rangs de l’église. Il y eut aussi quelques détracteurs comme Jean Wier, ne niant pas l’existence de Satan ni de sorciers, mais proposant plutôt de soigner ces gens.
Mais qu’en est-il aux 16 ème et 17 ème siècles? Malheureusement il y a encore beaucoup de guerres, donc d’épidémies et de grande misère sociale. Depuis le 16 ème, il est a noter que ce sont les cours de justices locales qui sont responsables des enquêtes et des jugements. Nous voici ainsi revenus au temps de la maison forte de Rahier! C’est ainsi que sur l’attestation délivrée par la cour de Rahier (copie archives de l’Etat à Liège) cette dernière permit de justifier sont action à la chasse aux sorcières dans la région.
De manière générale, les archives retrouvées en Europe sont des documents de loi qui révèlent certaines situations cherchant à expliquer les responsables des maux dont souffrent bêtes et gens, des conditions météorologiques ayant des impacts catastrophiques sur les ressources alimentaires ou tout autre phénomène inexpliqué à l’époque. Certaines catégories de personnes furent stigmatisées et une vague de folie s’empara d’une partie de la population l’amenant à commettre de terribles excès. Les accusations étaient sont souvent proférées par envie ou désir de vengeance.
Quand une personne était condamnée, elle se retrouvait sur le bûcher, mais en plus son conjoint ou ses héritiers étaient contraints de payer les frais de procédure judiciaire. Bien souvent ne disposant pas de moyens, les biens étaient saisis pour les vendre.
Quelques auteurs de bande dessinée belge sont cités comme Didier Comès qui évoque dans « Silence », l’envoutement à l’aide d’une coquille d’oeuf ou Jean-Claude Servais avec « La Tchalette ».
Que dire des « ronds de sorcières », pour revenir à des propos plus naturalistes ? Il s’agit d’un champignon l’agaric champêtre (Agaricus campestris) dont le mycellium s’étend de manière circulaire. A l’époque on attribuait sa présence aux sorcières. On craignait alors la malchance pour le bétail, ou un insuccès dans les travaux des champs, le beurre raté, voire la maladie des gens et surtout des enfants.
Retour à la maison avec des pensées envers toutes ces personnes disparues, mais aussi avec une ouverture du coeur sur la capacité des humains à pouvoir mener des actions altruistes, bénéfiques et pacifistes. Du regard posé sur de beaux paysages éclairés par la lumière des giboulées avec un repas partagé et la tenue de l’assemblée générale.
Sources :
Rahier Seigneurs et paysans. 1. Des chevaliers aux sorcières. Pierre MAGAIN
Site web : visitova.be découvrir > patrimoine > Château de Rahier – Ourthe Vesdre Amblève.









